Jura: Un prof décrypte les codes secrets

 

Didier Müller dévoile les secrets des messages chiffrés

LIVRE – Professeur au Lycée cantonal, il publie un livre intitulé «Les codes secrets décryptés»

Mathieu Grégoire-Racicot

Le charme des secrets, c'est d'être dévoilés. Didier Müller, prof de maths au lycée à Porrentruy, révèle dans son livre Les codes secrets décryptés l'art de chiffrer les messages.

Son ouvrage narre l'histoire de la cryptographie. Mais surtout, il montre comment s'attaquer aux codes, les décrypter, les «casser» comme on fracturerait une serrure.

Son aventure dans le chiffre débute en 2000, en préparant ses cours. «Les élèves demandent toujours à quoi servent les maths? Je voulais un sujet qui mette en jeu certaines notions sans trop s'en rendre compte, comme les nombres premiers, les matrices, l'algèbre linéaire, les statistiques…»

Pour faciliter l'accès à ses notes de cours, il ouvre un site web. Le contenu s'étoffe au fil des ans. Au point que, l'an dernier, la maison d'édition City à Paris l'appelle. On veut une version «livre» de son site. A la fin de l'année scolaire 2006, Didier Müller s'y met. Début février de cette année, le livre surgit sur les rayons des librairies.

Le lecteur n'a pas à craindre, nul besoin d'être un génie des maths. Le fervent du sudoku et l'amateur d'énigmes lira Les codes secrets décryptés d'un trait. Les explications vont droit au but, les repères historiques et les anecdotes satisfont les curieux voraces. Si l'on peut lire ce livre n'importe où – à la plage ou attablé à son bureau – il faut parfois le poser sur ses genoux pour surfer en même temps, puisque le site web accompagne le lecteur dans ses tentatives de casser un code ou l'autre…

«Je voulais jeter un pont entre les livres universitaires et les bouquins pour enfants dans lesquels des codes faciles sont présentés», explique-t-il.

Tous les codes recensés depuis la Grèce

Pendant ses recherches, Didier Müller voulait donc mettre la main sur les ouvrages techniques. Tâche difficile, car les secrets des messages secrets sont eux-mêmes bien gardés. «La majorité des livres de cryptographie se rangent en deux catégories: soit ils parlent de l'histoire des codes, soit ce sont des manuels d'universitaires, incompréhensibles hors du cercle des mathématiciens de haut niveau. Seuls quelques livres expliquent vraiment comment casser les codes», indique-t-il.

Sa moisson est fructueuse et sa bibliographie commentée abondante. A la manière d'un entomologiste, il épingle (presque) tous les codes recensés depuis la Grèce antique jusqu'à nos jours, décrit la manière de chiffrer un message, comment le déchiffrer à la réception et les moyens les plus utiles pour le casser quand les clés manquent….

«Pour venir à bout des codes datant d'avant les années 1970, il suffit d'un crayon, de papier, de la matière grise et de la patience», souligne Didier Müller.

Son ouvrage a aussi le mérite de ressusciter un procédé d'identification de la méthode de cryptage, aujourd'hui tombé dans l'oubli.

«Tous les auteurs partent du principe que l'on connaît le code utilisé. Dans la réalité, ce n'est pratiquement jamais le cas. Le capitaine Roger Beaudoin, dans Eléments de Cryptographie, propose une méthode pour identifier un code intercepté. Je l'ai adaptée et transcrite», explique-t-il. Au-delà de la technique, de belles trouvailles littéraires émaillent l'ouvrage. Quelques fragments de Rabelais, un morceau d'Edgar Allen Poe, un épisode de feuilleton signé Jules Verne. «Ils décrivent tous de manière très réaliste des codes utilisés à leur époque, assure Didier Müller. Poe et Vernes sont très au fait, même s'il leur arrive parfois d'être dépassés par les événements. Vernes, par exemple, annonçait un code réputé inviolable alors qu'avant même la fin de la parution du feuilleton dans les journaux de l'époque le code avait été cassé.»

Mais existe-t-il des systèmes impénétrables, des forteresses de chiffres imperméables? «Le chiffrement secret seul n'est pas sûr. Il suffit de s'emparer des documents qui contiennent les codes de l'adversaire pour comprendre toutes ses communications. Le chiffre le plus résistant est celui dont tout le monde connaît le fonctionnement, mais dont les clés sont extrêmement difficiles à trouver», précise le professeur de maths.

Toutefois, certains des codes sont demeurés inviolés pendant des siècles. «Celui de Blaise de Vigenère, composé vers 1550, est demeuré intact jusque vers 1850. Il y a trente ans encore, on pouvait croire que tout code finirait tôt ou tard par être cassé. Avec l'apparition des ordinateurs et de leur puissance de calcul décuplée, les codes de genre atteignent une telle complexité qu'ils demeurent hors de portée de tout un chacun. Et les techniques très sophistiquées, comme la cryptographie quantique, vont bientôt donner la victoire aux codeurs sur les casseurs», soutient Didier Müller.


«Les neuf couronnes», roman à clefs cryptées

Ceux qui voudraient se mettre à la cryptographie sans trop en avoir l'air visiteront le site web de Didier Müller pour y télécharger son petit roman intitulé Les 9 couronnes. Neuf meurtres perpétrés par un tueur en série terrorisent le Jura.

A chaque fois, l'infâme tueur laisse dans la bouche de sa victime un message codé. Stéphane Périat, de la police scientifique jurassienne, demande à son cousin Maximilien, prof de maths et latiniste distingué, de casser les codes. Le mystère s'épaissit au fil des pages: Que veut le tueur? Pourquoi code-t-il ses messages? Qui est-il? Didier Müller embarque le lecteur dans la traque aux chiffres, passant en revue neuf types de codes. Il termine le neuvième chapitre de son roman sur une dernière énigme que le lecteur devra résoudre pour lire le dixième et dernier chapitre... A lire, avec un crayon et du papier! (mgr)